Alice Toumit

Rose Warda

Alice Toumit



Par Henri Touille

Je tourne un peu (beaucoup) dans la campagne Cérençaise, je rappelle Alice, demi-­tour, je repars, je trouve, je me gare, j’y suis, j’y reste (deux heures quand même).

« Bonjour Alice, je suis passé devant chez toi mais j’avais imaginé une pancarte pour indiquer l’atelier.

­ Ben la pancarte, elle est dans le four, entrain de cuire !

Ok, j’accepte le café, on peut commencer.

Alice Toumit, sculptrice, habite et ateliérise au Mesnil­ Haubert, près de Cérences, village déjà cité à maintes
reprises dans ce fanzine comme étant un creuset artistique (un peu d’humour, ailleurs c’est la guerre).

« Je viens de Seine­-Saint­-Denis, on est arrivé, mon conjoint, nos deux enfants et moi­-même, ici il y a un an. Je suis normande d’origine, Ornaise, mais pendant la guerre, celle de 39/45 donc avant ma naissance, ma grand­-mère est venue vivre à Mont-martin, et sa descendance, enfants et petits fillots, venait tout le temps en vacances dans cette région, et puis est venu mon tour. Et puis, on aime le coin, c’est beau, c’est propre et il ne fait pas trop chaud... ­

Ok, et pour tes origines artistiques ? [Évidement je ne l’ai pas dit comme ça, mais il faut faire court. Rappelez­-vous : deux heures d’entretien...]

­ Au départ, mon approche de la sculpture est venue par le biais de la bijouterie, où j’ai exercé pendant quinze ans, soit

dans la création de pièces extravagantes de haute couture, soit dans des prototypes qui étaient ensuite fabriqués en série. D’où le modélisme avec la technique de la fonte à cire perdue. Pendant six ou sept ans j’ai exercé également dans la céramique, puis j’en ai eu marre des petits machins et de la ferraille et j’ai basculé dans la terre. Comme une renaissance...
La terre, c’est depuis quatre ans et j’y ai trouvé une identité depuis environ un an après un cheminement où je me suis cherchée. Aujourd’hui, j’arrive à me surprendre avec mes réalisations : je découvre qui je suis à travers elles.
­ C’est intéressant, tu peux nous en dire plus ?
­ Je suis dans le geste et l’esthétique, j’aime reproduire l’idée du mouvement dans l’inertie, inertie que je peux exalter avec mes sujets animaliers, souvent tirés de natures mortes. Il y a une chose très importante qui m’est parfois arrivée, c’est quand le sujet prend le dessus sur l’artiste, ça nécessite un laisser-­aller, un lâcher­-prise, c’est un bonheur absolu.

­ Tu fais aussi dans le végétal...
­ Les pièces végétales, j’ai commencé à les faire en arrivant ici, influencée par mon environnement campagnard [Et peut­-être aussi par le potager de son conjoint...]. Je les destine à être installées en extérieur. J’aimerai faire du monumental, mais la taille du four me limite. Peut-­être avec des pièces assemblées, mais où même l’assemblage aurait un sens.

­ Et pour les expositions, c’est quoi ton actu ?
­ Je fréquente les festivals de céramique, avec parfois des pièces en galeries d’art. Cet été, dernière semaine de juillet, je serai à l’Atelier du Crabe, place Cambernon à Granville.
Et puis internet crée une grande visibilité, du contact aussi avec d’autres céramistes que l’on retrouve sur les salons. C’est aussi un outil de vente très ouvert. ­ J’aime beaucoup la douceur dans tes choix de couleurs.

­ J’ai introduit la couleur dans mes créations il y a un an environ. C’est la technique de l’émail. C’est très minutieux et il m’arrive d’être déçue par le résultat ! mais j’ai appris à relativiser, j’ai appris l’humilité aussi ! L’ouverture du four est un moment magique pour moi et, je l’ai remarqué, pour mes élèves aussi.

­ Ah oui, tu donnes aussi des cours de poterie/céramique : l’atelier Les Dégourdis. Le dégourdi est une méthode de cuisson, c’est le premier passage au four, à basse température (980 ° quand même...) avant de poser l’émail (les couleurs). Puis vient la deuxième cuisson, à 1250 °, la température de vitrification. Pour suivre les cours (le samedi matin) rendez-­vous sur le site d’Alice.

Alicetoumitceramique.com

Téléphone : 06 75 99 17 51